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Billet de Danielle Laurin : Livre du mois de mars

Le poids de la neige, de Christian Guay-Poliquin (La Peuplade, 2016)

Passer l’hiver

Vivement le printemps! La neige n’arrête pas de tomber, les routes sont bloquées. Il n’y a plus d’électricité, des mois que ça dure. À l’écart d’un petit village, deux hommes réfugiés sur une véranda de fortune dont le toit menace de s’effondrer luttent pour leur survie.

Le poids de la neige nous plonge au cœur de la tempête, du chaos. On vit de l’intérieur le désarroi des protagonistes, on craint toujours le pire, l’angoisse monte. Suspense. Vont-ils réussir à s’en sortir?

Remarquable deuxième roman de Christian Guay-Poliquin, trentenaire natif de la Montérégie. Pas étonnant qu’une pluie de récompenses lui soit tombée dessus : Prix Ringuet de l’Académie des Lettres du Québec, Prix littéraire des Collégiens, Prix littéraire des Lycéens AIEQ (rattaché à la Suède et à l’Estonie), Prix France-Québec et Prix du Gouverneur général.

Ça ressemble à un exploit, c’en est un. Non seulement l’auteur nous tient-il en haleine dans ce quasi huis-clos aux allures de fin du monde, il fait aussi appel à ce qu’il y a de plus fragile en nous. Par à-coups, il enfonce le clou de notre vulnérabilité devant le déchainement possible des éléments, face à la nature plus grande que nous. Et il met le doigt sur notre dépendance à ce qu’on considère aller de soi aujourd’hui, dans nos vies modernes de privilégiés.

Comment se débrouiller lors d’une panne de courant qui perdure, surtout dans un endroit isolé où on se sent prisonnier? Que faire quand l’essence vient à manquer, de même que la nourriture, les médicaments? Comment s’approvisionner quand aucun commerce ne subsiste et que les routes sont impraticables?

L’entraide devient nécessaire, bien sûr. Mais le chacun-pour-soi ne dit pas son dernier mot pour autant, n’est-ce pas? Trahisons, vols, violence, peur de l’autre, de l’étranger… tout est possible. Qui est à l’abri de la barbarie? Le meilleur, mais aussi le pire de l’être humain peut ressortir en cas de première nécessité.

Ce livre à la fois terre-à-terre et nourri d’images évocatrices, poétiques, ne cesse de nous interpeler. Et si ça nous arrivait à nous?

Roman sombre, Le Poids de la neige, mais pas seulement. Roman de l’espoir, aussi. Peut-être…

Danielle Laurin,
Marraine du Club

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