Vous êtes ici :
Vous êtes ici : Vie Animée > Bibliothèques > Suggestions de lecture > Contes modernes et pluies fantaisistes

Contes modernes et pluies fantaisistes

Découvertes littéraires au fil de mes visites à la bibliothèque municipale.

9 septembre 2016
En prévision d’une soirée au cinéma, j’ai lu cette semaine le livre de Jean-Paul Dubois, Le cas Sneijder . Cette histoire a inspiré le film « La nouvelle vie de Paul Sneijder » qui a pris l’affiche cette semaine avec Thierry Lhermitte pour incarner Paul à l’écran. Le sachant, j’ai lu tout le roman en « entendant » l’acteur dire ses répliques. Illusion réussie! Il faut dire que j’aime l’écriture de Jean-Paul Dubois qui est à la fois simple et réaliste. Et quel bonheur de pouvoir visualiser les lieux – paysage d’hiver à l’Ile des Sœurs- et ressentir le contexte québécois à travers la plume d’un grand romancier français. Il me semble que les romans français se déroulant au Québec sont rarissimes, donc celui-ci apporte un point de vue très intéressant. De plus, l’histoire de Paul est troublante. Il a vécu un traumatisme majeur lors de l’accident tragique d’un ascenseur et depuis, il remet en question toutes les sphères de sa vie. La crise existentielle qu’il traverse m’a fait penser au parcours initiatique du jeune ado dans Kafka sur le rivage. Contextes complètement différents, il est vrai, mais néanmoins avec plusieurs similitudes. On est dans le domaine de l’inconscient, des coïncidences et des événements bizarres. Si dans le roman de Haruki Mutakami il pleut des poissons à la tonne sur Tokyo, dans celui de Jean-Paul Dubois, il pleut des oiseaux sur Montréal. Étrange pour le lecteur d’être le témoin par les mots de ces pluies fantaisistes à deux reprises la même semaine! Plusieurs univers se superposent en fines couches tout au long du récit de Jean-Paul Dubois, il y d’abord la tristesse découlant du deuil de sa fille, l’angoisse qui l’étreint et provoque des crises de panique, la tyrannie de son couple qui bat de l’aile et finalement, la froideur et l’indifférence de ses fils… des thèmes récurrents qui planent tout au long du récit et qui s’imbriquent en une quête d’information saugrenue voire maladive traitant de la construction et du fonctionnement des ascenseurs. Il y a une touche d’absurde dans ce roman. C’est la rencontre du réalisme et du fantastique à travers un personnage qui rejette l’indifférence et revendique des sentiments authentiques, des relations vraies, dussent-elles se matérialiser par des amitiés canines.

J’ai retrouvé cette touche d’humanité mêlée à un univers étrange dans le dernier livre de Jean-Paul Didierlaurent, Le reste de leur vie.  Un court et très beau roman qui confronte le lecteur à des valeurs profondément ancrées et qui le pousse à s’interroger sur des thèmes en lien avec la vieillesse et la fin de vie. Les jeux du hasard amèneront une suite de personnages complètement dépareillés (un thanatopracteur, une aide à domicile, une grand-mère et un survivant d’Auschwitz) à se rencontrer et à vivre une sorte de road trip inusité dans un corbillard de luxe. Didierlaurent a une manière unique de raconter (Qui n’a pas lu avec ravissement le Le liseur du 6h27?) et de faire ressortir une sorte de lumière, de magie même, derrière des mots lourds de sens. Ainsi, dans ce conte moderne, il est question de mort et d’aide à mourir, mais on en retient une ode à la vie, à l’amour et à la complicité intergénérationnelle. C’est vraiment une belle histoire, qui fait chaud au cœur et comme dans tous les contes, elle finit bien!

Encore habitée par les thématiques funestes qui ont accompagné ma semaine, je me retrouve à la bibliothèque, ne sachant trop vers quel type de lecture me tourner maintenant. J’erre en silence le long des allées… il est parfois difficile de laisser s’évaporer un univers fictif nous ayant fait vivre des émotions bien réelles pour s’immiscer dans un autre. Comme un écrivain devant sa page blanche, je me retrouve en panne d’inspiration pour choisir mon prochain livre. Voici l’heure de ressortir mon carnet de titres en attente… je tourne les pages et mes yeux accrochent au titre de Nathalie Roy, Ça peut pas être pire… Je crois que l’objectif humoristique sera atteint avec ce roman qui raconte les péripéties d’une jeune femme qui perd son emploi, son frigo et son ventilateur le même jour… de canicule!

Avant de quitter la bibliothèque, je vais m’attarder à la section des revues pour prendre connaissance des recensions de la rentrée littéraire. Heureux moment de l’année! Il y a tant de titres à paraître ce mois-ci… Cela est certes très stimulant, mais je ne sais trop comment j’arriverai à tout lire! Je vais noter les titres à ne pas manquer et je me demande même si je devrais les inscrire à mon agenda. Comme on dit, tout est une question d’organisation…

Et si j’empruntais aussi un livre sur l’art de bien gérer son temps? Il y a cette nouveauté dont tout le monde parle Tout se joue avant 8 heures : offrez-vous un supplément de vie... Il semble que lire avant l’aube soit gage de succès! N’est-ce pas un concept intéressant pour une abonnée qui a déclaré le vendredi jour de bibliothèque sine qua non? Le mot d’ordre est l’organisation!

C’est vendredi et je lis!