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Et si l’argent faisait le bonheur?

Découvertes littéraires au fil de mes visites à la bibliothèque municipale

4 novembre 2016
Calée dans un fauteuil dans la salle des romans, café à la main, je fredonne en boucle la chanson des Respectables « L’argent fait le bonheur, l’argent… »

Vraiment?

C’est que je termine le roman Les empocheurs. Quel destin inattendu que celui imaginé par Yves Beauchemin pour son personnage Jérôme Lupien! Le bachelier en lettres devient subitement la source d’une vive inquiétude pour ses parents lorsque, fraîchement diplômé, il abandonne sans scrupules la précarité de son statut d’étudiant honnête  pour pénétrer de plein fouet dans un monde régi par le mensonge, l’escroquerie et la corruption.

J’ai lu tous les romans d’Yves Beauchemin, écrivain québécois de renommée quasi mythique, depuis la parution du Matou. Aucune de ses histoires ne ressemble à la précédente (on est loin des séries populaires!). Chaque roman prend naissance dans un univers singulier, parfois même étrange, qui déstabilise le lecteur en le confrontant à un sujet connu ou d’actualité, mais altéré par une approche originale. Par exemple, il est assez inhabituel d’aborder le thème de la corruption dans un contexte de chasse et de choisir le vol d’un panache d’orignal comme élément déclencheur faisant basculer le protagoniste de la légalité à celui des combines. Se posant d’abord en victime, Jérôme, un garçon plutôt naïf et inexpérimenté, subira une série d’arnaques qui feront naître en lui un profond sentiment d’injustice ainsi qu’un violent désir de vengeance. Dès lors, tel un affranchi, il deviendra lui-même avide de pouvoir et l’appât du gain sera désormais son seul maître…

Ce sombre portrait n’est pas extrait d’un reportage journalistique ni du scénario d’une biographie. C’est bel et bien une fiction! Je réalise toutefois que de nombreux romans, dont plusieurs québécois, tissent dorénavant leur intrigue autour d’une prémisse semblable. Reflet d’une époque? Je pense à Corruption, ce roman poignant de Gilles Desaulniers, dont l’histoire se déroule à l’Ile des Sœurs dans un contexte de corruption en lien avec la construction.

Un air de déjà vu dans les médias?

Dans certains cas, on se rend compte que la fiction rejoint la réalité et que la réalité dépasse parfois même la fiction! À cet effet, je suggère de lire en complément Dans les coulisses d'Enquête : les reportages qui ont mené à la Commission Charbonneau

Un autre roman qui va en ce sens est celui de Jean-Jacques Pelletier. Il m’avait conquise à l’époque avec son voyage hallucinant dans les méandres des fraudes fiscales. Si L’argent du monde m’était apparu un peu fantaisiste à sa parution en 2001, avec le recul et la masse d’informations-choc révélées par les médias depuis, je trouve aujourd’hui son propos plutôt commun. Tout de même effarant!

Sans doute que la lecture du roman Le loup de Wall Street de Jordan Belfort ou de la bande dessinée I.R.$. 16, Options sur la guerre provoque chez le lecteur une impression similaire et inconfortable de déjà-vu…

Alors que j’erre parmi les rayonnages, je remarque un roman d’Emmanuel Carrère lu il y a plusieurs années, L’Adversaire. Quel roman bouleversant! L’écrivain s’était servi de la forme romanesque pour réécrire l’histoire réelle d’une imposture époustouflante : un homme ayant réussi à berner famille et communauté professionnelle en se faisant passer pour un médecin durant près de 20 ans… pour ensuite entrer dans la peau d’un meurtrier et assassiner sa famille comme solution pour mettre fin à son mensonge insoutenable. À l’époque, Emmanuel Carrère innovait en empruntant au journalisme d’enquête pour intégrer à la fiction l’histoire tragique d’événements réels. On allait même jusqu’à dire qu’il avait créé un nouveau genre littéraire. De nos jours, les livres fusionnant actualités et intrigues fictives foisonnent. Je pense à L'effet papillon : la cinquième enquête du département V  du Danois Jussi Adler-Olsen qui aborde la fraude fiscale, à Janet Evanovitch et sa série policière Fraude qui s’attaque à la fraude bancaire dans une approche humoristique, aux histoires abracadabrantes de fraude sur Internet telle que celle concoctée par Vincent Malone dans son roman Les milliards de dollars de Léon Robillard. Quelle triste réalité (ou fiction?)!

Et si pour renouer avec des considérations financières positives j’empruntais Le bonheur comme plan d'affaires de Jean-François Ouellet? Il présente des entrepreneurs québécois au parcours innovant et heureux! Ou encore Ma vie en mouvement de Monique F. Leroux qui relate l’histoire inspirante de la première femme à la tête du Mouvement Desjardins.

Étrange comme ma quête à connotation financière se poursuit malgré moi lorsque je bouquine autour du présentoir à nouveautés. Les titres viennent littéralement à moi…

D’abord avec Une escroquerie légalisée : précis sur les "paradis fiscaux" (un peu intense comme lecture de fin de semaine, je décide de laisser tomber) et ensuite sous la forme d’une question subliminale qui monopolise aussitôt mes pensées : En as-tu vraiment besoin? Un essai original sur les habitudes de consommation publié stratégiquement juste avant la période de surconsommation associée aux Fêtes. Tiens, tiens…

En as-tu vraiment besoin? J’ai besoin d’un bon livre pour me détendre, oui!

Et voilà que posant à nouveau les yeux sur le présentoir à nouveautés, un titre attrayant s’impose à moi : le tout dernier titre de Sophie Kinsella, L'accro du shopping à la [à ma!] rescousse!  Là tu parles!

Je souris en me disant que j’adhère parfaitement à la maxime de l’auteur américain John Vance : « Ma richesse est ma bibliothèque ».

C’est vendredi et je lis sans calculer…