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Lire pour quelques milliards et une roupie

Des suggestions au fil de mes visites à la bibliothèque municipale

12 août 2016
C’est ce que vaut certainement le plaisir de cette semaine de lecture intense! J’ai lu un livre magnifique : L’Équilibre du monde. Il s’agit d’une grande fresque de l’Inde contemporaine de Rohinton Mistry. J’ai découvert cet auteur en bouquinant tranquillement dans les rayons et ce n’est qu’en discutant plus tard avec des amis de ce roman fleuve qui a véritablement accaparé mes pensées toute la semaine, que j’ai appris que Rohinton Mistry, originaire de Bombay, est en fait un Canadien. Quel écrivain! Je dois absolument lire toute son œuvre! Pour que le lecteur soit au diapason de la vie foisonnante de l’Inde des années 1970, il a imaginé une kyrielle de personnages issus d’horizons différents et qui forment ensemble un microcosme de la société indienne. Par leurs yeux et leurs mots, nous ressentons le rythme trépidant d’une ville grouillante de vie, l’organisation chaotique - quasi apocalyptique - du système des castes et nous en apprenons beaucoup sur la réalité des diverses classes sociales. À travers le portrait d’une vie de misère et d’humiliation que dépeint Mistry, nous faisons connaissance avec des personnages attachants, empreints d’humanité, vibrant au rythme incessant d’un destin sans pitié. Nous accompagnons Ishvar et Omprakash tout au long de leur vie jalonnée par l’indigence et la résilience. Ils incarnent à eux seuls le précieux équilibre du monde par leur lutte quotidienne pour leur propre survie. La succession des malheurs qui s’acharnent sur eux ne les empêchera toutefois pas de faire une rencontre inopinée qui leur permettra de vivre une pause, petite bulle de bonheur fragile, dans l’appartement de Dina. Cette pause vaut aussi pour le lecteur, lui-même accablé d’être le témoin de tant de mauvaise fortune, et qui perçoit enfin des fragments de la beauté qui transperce de Bombay… C’est avec gratitude qu’il accueille les élans d’entraide, de bonté, d’empathie et de partage qui émergent brièvement. Le hasard des rencontres permet de créer une cellule éphémère rappelant une famille. Petite parenthèse bienheureuse et multisensorielle. Parallèlement à la pauvreté, la saleté, la violence, la corruption qui nous hantent tout au long du roman, nous percevons maintenant les effluves des fleurs, l’arôme des mets, le parfum des épices, les tissus aux couleurs chatoyantes, la douce surprise d’une portée de chatons.

On réalise rapidement à quel point la trame fictive de ce roman est le reflet de la réalité, aussi, il nous emporte dans une lecture frénétique dès la première page, avec l’avidité de découvrir cette société éclectique marquée par ses contradictions.

Aussi, pour bien profiter des derniers chapitres et m’imprégner de cette histoire passionnante, j’ai décidé de me rendre au restaurant indien. C’est en dégustant un poulet au beurre accompagné de pain naan et en tenant d’une main ce livre à la jaquette colorée et aux destins en « patchwork » (il faut le lire pour comprendre), que j’ai pleinement savouré la magie du savoir-faire indien. 

Inévitablement, je suis arrivée à la page ultime, la page 890… Émotions garanties. Déposant mon livre avec regret, j’ai commandé un thé chaï et je me suis tournée vers la pile de livres dans mon sac pour me replonger illico dans le chaos de la littérature indienne. Les découvertes de ma visite de ce matin à la bibliothèque m’interpellent.

Si l’idée d’un cari ou d’un poulet tandoori vous fait saliver, je vous recommande fortement d’emprunter comme moi le film Le voyage de cent pas. Qui sait, nous nous croiserons peut-être au resto indien dans un tête à tête avec Les enfants de minuit de Salman Rushdie, Mother India de Manil Suri, Les 3 erreurs de ma vie de Chetan Bhagat ou Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint millionnaire de Vikas Swarup (aussi l’auteur de Pour quelques milliards et une roupie).

Et alors, d’un clin d’œil, nous nous reconnaîtrons entre lecteurs du vendredi!