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Billet de Danielle Laurin : Livre du mois d'octobre

Autoportrait de Paris avec chat, Dany Laferrière, Boréal, 2018

Voici un ouvrage singulier, inclassable. Et réjouissant au possible. C’est le premier livre de Dany Laferrière comme académicien, sans aucun doute le plus libre de l’auteur de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer.

Hommage à la liberté, oui, mais aussi hommage à la Ville Lumière, aux écrivains et aux livres, Autoportrait de Paris avec chat se présente comme un roman grand format dessiné et entièrement écrit à la main par l’écrivain.      

Installé dans un studio près de la Gare de l’Est, le narrateur, qui s’apprête à faire son entrée sous la Coupole des Immortels, observe par la fenêtre l’agitation du dehors. Il discute aussi avec un chat imaginaire, indépendant et impertinent, qui a tendance à apparaître et disparaître au gré de ses envies.

De flânerie en flânerie dans Paris, on s’immerge dans le quotidien, on s’attable dans un café, on visite quelques monuments incontournables. On est aussi confrontés à la pauvreté. Les attentats terroristes ne sont pas oubliés non plus.

Mais ce qui ressort de ce portrait de Paris, «la ville où il y a le plus de livres au monde», ce sont surtout ses figures littéraires mythiques. L’auteur fait revivre par petits bouts, en images et en mots, sans souci chronologique, une foule d’écrivains, dont Proust, de Beauvoir, Sagan, Balzac, de Nerval, Cocteau, Barthes, Camus, Vian, Montaigne…

Reprennent vie aussi sous nos yeux des écrivains venus d’ailleurs qui ont élu domicile à Paris, parmi lesquels Henry Miller, Hemingway, James Baldwin, Aimé Césaire, Senghor. Et bien sûr Borges, à qui Dany Laferrière voue une admiration infinie.

C’est vivant, ça va vite. C’est ludique, passionnant. Et échevelé, imparfait. Des ratures apparaissent ici et là, des mots, des phrases s’ajoutent parfois dans la marge, ou de côté dans la page. Les dessins au crayon feutre dégagent une certaine naïveté, une fraîcheur, qu’on dirait sorties tout droit de l’enfance.

«Tout mon mérite vient du fait que peu de gens qui dessinent aussi mal que moi ont osé faire un livre de ce genre, note Dany Laferrière. De quel genre est celui-ci ? Je ne saurais le dire, mais je ne me suis jamais senti aussi libre de ma vie d’écrivain.»

Il faut croire qu’il y a pris goût, à cette liberté : un autre livre signé Dany Laferrière, dessiné par lui, s’apprête à débarquer en librairie, Vers d’autres rives (Boréal). À surveiller, le 12 novembre prochain.


Danielle Laurin,
Marraine du Club

 

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