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Billet de Danielle Laurin : Livre du mois de mai

Le monde est à toi, Martine Delvaux, Héliotrope (2017)

«On démonise encore les mères et l’amour qu’elles peuvent avoir pour les filles», déplore Martine Delvaux dans Le monde est à toi. Cet amour-là est souvent considéré comme inquiétant, «parce qu’impossible à mesurer», ajoute-t-elle.

Aucune limite de ce côté quant à elle. Son petit bijou de livre, brillant et touchant, assorti de citations inspirantes, se lit justement comme une lettre d’amour adressée à sa fille de 14 ans. Parmi les règles que Martine Delvaux s’est données vis-à-vis cette enfant arrivée dans sa vie comme un coup de foudre, la première à figurer sur sa liste est la suivante : «T’aimer en sachant que ça ne peut pas être trop, qu’on ne peut pas trop aimer, juste pas assez, et parfois mal.»

Loin d’elle l’idée d’enjoliver la maternité ou d’en faire un passage obligé lié à la féminité. Simplement, elle se penche sur la nature de sa relation avec sa fille, sur le lien qui les unit. «Je veux essayer de penser ce qu’il y a de féministe dans cet amour-là», indique celle qui mettait le doigt dans son essai Les filles en série en 2013 sur les représentations de masse de la féminité et sur la difficulté à sortir du moule quand on est une fille.

Dans Le monde est à toi, elle passe au peigne fin les valeurs qu’elle a transmises à sa fille depuis sa naissance et qu’elle continue d’appliquer, d’incarner. Non, elle n’a rien imposé, aucun diktat féministe, dit-elle, mais il semble que ça s’est fait tout naturellement : «Tu parles le féminisme comme une langue maternelle», glisse-t-elle.

Martine Delvaux espère en tout cas avoir montré à celle qui sera bientôt une femme à son tour qu’elle a le droit et même l’obligation «de désirer, de convoiter, d’exiger». Elle l’enjoint à ne pas craindre de parler fort, de hausser le ton. «Tu as le droit, toi aussi, à la furie. Ne tombe pas dans le piège tendu par ceux qui disent de celles qui s’affirment qu’elles frôlent l’hystérie.»

Finalement, on en vient à constater que ce que souhaite Martine Delvaux pour son adolescente peut s’appliquer dans plusieurs cas de figure. Du genre : «Refuse de baisser la tête, de baisser les yeux devant ceux qui confondent harcèlement et séduction.»

Bonne Fête des Mères!

Danielle Laurin,
Marraine du Club

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