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Billet de Danielle Laurin : Livre du mois de septembre

L'obéissance, Suzanne Jacob, Boréal, 1991

« Je voulais lui apprendre à obéir ». Un jour, c’était au début des années 1970, Suzanne Jacob est tombée sur ce titre dans un journal. L’article relatait ce qu’il est convenu d’appeler un fait divers : une histoire d’infanticide, une mère qui avait tué sa fille.

« Je voulais lui apprendre à obéir ». Cette phrase s’est retrouvée 20 ans plus tard dans un roman de l’auteure. Comme quoi les écrivains peuvent parfois mettre du temps avant d’écrire sur un sujet qui les taraude.

Comment apprend-on à obéir? Et jusqu’où peut aller l’obéissance? Du point de vue collectif (dans les pays totalitaires, par exemple, mais pas seulement, pensez aux massacres de masse), mais surtout, du point de vue individuel. Ces questions sont au centre de L’obéissance.

On a ici un couple comme il en existe partout. Un couple mal assorti, qui devient parent tout naturellement : quel soulagement de briser cette pesante solitude à deux.

D’un côté, un homme mou qui sait se montrer dominateur au lit, pour ne pas dire tyran. De l’autre, une femme déçue, frustrée, désemparée. Une femme qui, une fois devenue mère, ne tarde pas à exercer sur sa fille un pouvoir autoritaire, malsain, qui va de plus en plus loin. Aucune limite, chemin faisant, à sa cruauté, à sa férocité.

La petite Alice, elle, aime tellement sa maman. Son amour est absolu, sans fin. Tout ce que souhaite ce petit être vif, intelligent, c’est être parfaite.

À 7 ans, déjà, Alice fait tout pour épargner les sautes d’humeur imprévisibles de sa maman, et les punitions qui s’en suivent. Même rêver à voix haute la nuit est interdit à la petite. Heureusement qu’elle peut se réfugier dans son imagination débordante, salvatrice. Mais la soumission, l’obéissance aveugle à une mère potentat virent au tragique dans ce cas.

Ne vous laissez pas désarçonner par le début en apparence échevelé du roman, ni par la structure complexe, à narrateurs multiples, de cette histoire. Suzanne Jacob, aussi poète, nouvelliste et essayiste, saluée en 1983 par les prix du Gouverneur général et Québec-Paris pour Laura Laur, puis couronnée en 2008 par le prix Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre, démonte avec un doigté peu commun les terribles mécanismes de l’obéissance.

Page après page, son écriture-scalpel nous emmène au cœur même de la violence familiale, de l’enfance mal-aimée. C’est troublant. Bouleversant.

On peut multiplier les cas de figures, la maltraitance des enfants demeure un sujet actuel. Comment peut-on rester indifférent? C’est aussi une des questions que pose L’obéissance.

« Je voulais lui apprendre à obéir ». Cette phrase me fait frémir.

Danielle Laurin,
Marraine du Club

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