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Billet de Danielle Laurin : Livre du mois août 2020

Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier, XYZ, 2011
 

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Rémy Girard et Gilbert Sicotte, en vieux ermites qui ont renoncé à la civilisation pour se refaire une vie au fond des bois et se donner le droit de choisir le moment de leur mort. Andrée Lachapelle, à la fois vulnérable et lumineuse, qui débarque à leurs côtés sans s’annoncer, dans la peau d’une vieille dame injustement internée chez les fous pendant la majeure partie de son existence. Elle qui s’ouvre enfin à une autre vie. À la possibilité du bonheur. Et bientôt à l’amour.

Le film Il pleuvait des oiseaux, de Louise Archambault, sorti en salle à l’automne 2019, offre non seulement des images inoubliables de beauté, de vérité; il donne lieu à des performances d’acteurs mémorables, hors du commun. Récompensé par le prix du public au gala Québec Cinéma 2020, le film a aussi valu à Gilbert Sicotte le prix de la meilleure interprétation masculine dans un premier rôle, tandis que le pendant féminin est allé à titre posthume à Andrée Lachapelle.

Près de dix ans après la parution du formidable roman plusieurs fois primé dont s’est inspirée la réalisatrice, impossible de l’ouvrir à nouveau sans revoir les moments charnières du long métrage et leurs interprètes. Rarement une adaptation cinématographique rend-elle hommage à ce point à une création littéraire. Désormais, le film de Louise Archambault et le livre de Jocelyne Saucier forment un tout indissociable. 

À la base, c’est l’histoire d’une photographe partie sur les traces des survivants des grands feux qui ont ravagé le nord de l’Ontario, plusieurs décennies auparavant. Parmi les témoins qu’elle a rencontrés, une femme dit qu’il pleuvait des oiseaux. « Quand le vent s’est levé et qu’il a couvert le ciel d’un dôme de fumée noire, l’air s’est raréfié, c’était irrespirable de chaleur et de fumée, autant pour nous que pour les oiseaux et ils tombaient en pluie à nos pieds. »

La photographe est presque arrivée au bout de sa quête. Il ne lui reste qu’un seul témoignage à recueillir. Celui d’un certain Boychuck qui vit en ermite dans la forêt. Quand elle parvient à le retracer, il est trop tard : il vient de mourir. 

C’est la trame de départ d’Il pleuvait des oiseaux. Et tout du long, il y a cette constante des tragédies, collectives ou individuelles, qui laissent des traces indélébiles. Pour le reste, ce qui demeure, nous enveloppe, nous imprègne, c’est la solidarité, la tendresse. La forêt, la nature. Le droit de mourir dans la dignité. La vieillesse. L’ode à la vie, à la liberté. Et à l’amour.

Ce qui est sûr : Il pleuvait des oiseaux, le livre, est à lire et à relire, qu’on ait vu le film ou pas.
 

Danielle Laurin

Marraine du club