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Billet de Danielle Laurin : Livre du mois de juillet 2020

Une vie sans peur et sans regret, Denise Bombardier, Plon, 2019

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«Je suis une parvenue au sens propre du terme», indique Denise Bombardier dans l’avant-propos de ses mémoires. La journaliste, chroniqueuse et écrivaine née à Montréal en 1941 raconte qu’elle est issue d’un milieu modeste, culturellement pauvre, marqué par la mainmise de la religion catholique, et qu’elle a réussi à s’élever parce qu’elle a eu accès à l’éducation.

Elle qui pensait d’abord devenir comédienne a fait face, jeune adolescente, à un prédateur sexuel, réalisateur d’émissions pour enfants. Ce qui l’a amenée plus tard à faire de la dénonciation de la pédophilie un combat. Autre combat important pour elle : la survie de la langue française. Bien parler notre langue est pour Denise Bombardier une nécessité, une fierté.

Si on reconnaît bien dans Une vie sans peur et sans regret la polémiste qui aime la controverse et la provocation, on a aussi accès à de grands pans de son parcours personnel, intime. Ce qui semble l’avoir marquée au plus haut point, c’est la relation difficile qu’elle a eue avec son père, qu’elle décrit comme un homme vulgaire, dominateur, porté sur l’alcool. Elle souligne qu’elle ne lui a jamais pardonné ses excès, sa dureté, même sur son lit de mort…

Quant à sa mère, elle la décrit comme une femme soumise, sans éducation, avec qui elle a longtemps eu maille à partir. Mais on comprend que cette femme a vécu par procuration à travers sa fille. Elle l’a toujours encouragée à étudier, à se dépasser, contrairement au père. Et puis il y a eu la présence des tantes, qui étaient fières de voir leur nièce sortir de leur milieu et s’exprimer dans un français châtié.

Denise Bombardier se décrit comme une grande amoureuse. Elle passe en revue les hommes qui ont traversé sa vie : Jacques, son premier mari; H, un abbé qui a défroqué pour elle; le réalisateur Claude Sylvestre, père de son fils Guillaume; l'avocat André Joli-Cœur…  et bien sûr, Jim, l'homme avec qui elle partage sa vie et à qui elle a consacré un roman, L’Anglais. Et puis il y a Lucien Bouchard,  avec qui elle a vécu une passion enfiévrée, à l'époque où il était ambassadeur du Canada à Paris.

Ajoutez à cela qu’à travers le parcours de l’autrice, on suit aussi les transformations que le Québec a connues au fil des ans : la révolution tranquille, la crise d’octobre, l’arrivée au pouvoir de Renée Lévesque, les deux référendums.

Au final, de la part de celle qui ne dédaigne pas se mettre en avant et s’enorgueillit de ne laisser personne indifférent : un livre très vivant, qui se lit comme un roman.


Danielle Laurin
Marraine du club