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Billet de Danielle Laurin : Livre du mois de juin 2020

La bête à sa mère, David Goudreault, Stanké, 2015


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C’est l’histoire d’un garçon qui fait tout pour retrouver sa mère. Paumée, suicidaire, elle l’a abandonnée. Plus exactement, ce sont les services sociaux qui ont séparé cette femme irresponsable de son fils quand il avait 7 ans afin de le protéger.

Depuis, il la cherche désespérément, il la voit partout. Il l’idôlatre, l’idéalise, cette mère fantasmée. Depuis, la vengeance l’anime, aussi : il en veut au monde entier. Dans sa colère haineuse, c’est toute la société qu’il finit par rejeter.

Premier roman du slammeur, poète et ex-travailleur social David Goudreault, La bête à sa mère est aussi le premier volet d’une trilogie à succès amorcée en 2015, avec, à l’avant-scène et à la narration, ce voyou de la pire espèce, sans foi ni loi. 

Dès le prologue de ce premier tome, on sait qu’il y a eu un meurtre. Le narrateur a décidé de passer aux aveux, afin que l’on sache comment il en est venu là. « Si ça n’excuse pas mon geste, ça peut l’expliquer », précise-t-il, alors qu’il entreprend de nous raconter son histoire.

De foyer d’accueil en foyer d’accueil, partout bafoué, le garçon a roulé sa bosse en accumulant les frustrations et en multipliant les mesquineries. La rage au cœur, il est bientôt devenu spécialiste en torture de petits animaux. Il a commis une foule de coups pendables. De plus en plus déterminé, vorace, carburant à l’alcool, à la drogue, aux amphétamines, il s’est mis à voler et violenter ses semblables, jusqu’à commettre l’irréparable.

Bref, ce gars-là a tout pour se faire détester. Comment un être aussi fourbe, malsain, en plus d’être raciste, misogyne et j’en passe, pourrait-il être sympathique à nos yeux? Là n’est pas le but de l’auteur, de toute évidence.

L’intérêt du livre est ailleurs. Dans la quête de l’amour maternel d’un côté. Dans la critique sociale de l’autre. Surtout, surtout, ce qui séduit dans La bête à sa mère, c’est la surenchère et l’humour mordant que cultive David Goudreault, le tout dans un langage cru qui explose sur la page.

Danielle Laurin
Marraine du club