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Billet de Danielle Laurin : Livre du mois de septembre 2020

Le bruit des choses vivantes, Élise Turcotte, Leméac, 1991
 

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Ce petit bijou d’écriture paru il y a près de trente ans n’a pas perdu une once de sa fulgurance, de sa résonnance. Premier roman de la poète Élise Turcotte lauréate du Prix Émile-Nelligan dès 1989, Le bruit des choses vivantes lui a valu en 1992 le Prix Louis-Hémon, qui serait remis deux ans plus tard à Nancy Huston pour La virevolte.

Cinq autres romans d’Élise Turcotte allaient paraître, dont La maison étrangère, Prix du Gouverneur général en 2003, et Guyana, Grand Prix du livre de Montréal 2011. Déjà, dans Le bruit des choses vivantes écrit alors qu’elle était au début de la trentaine, on sentait tout le potentiel de cette romancière au verbe haut et à l’imaginaire bouillonnant. Une romancière qui sait trouver les mots pour incarner les failles qui nous traversent. Et les désirs, les rêves qui nous appellent.

Une année dans la vie d’une femme et de sa petite fille. C’est ce que raconte le roman, qu’on peut lire comme une ode à la maternité et à l’enfance. «Maria a maintenant trois ans. J’ai trente ans, je m’appelle Albanie et je vis seule avec ma petite fille. C’est grâce à elle si les choses existent autour de moi.»

C’est par les yeux de Maria pour qui réalité et imaginaire tendent à se confondre qu’Albanie redécouvre le monde, les objets, les autres. Ce qui donne lieu à des volées de passages poétiques contrastant avec le terre-à-terre du quotidien. Légèreté et gravité se tirent par la queue dans Le bruit des choses vivantes, alors que ce qui pourrait sembler anodin prend parfois une importance hors-norme.

Gravitent autour de la mère et de la fille : le père de Maria qui partage sa garde, la grande amie d’Albanie et son petit garçon, une vieille dame bienveillante, un petit voisin laissé à lui-même et bientôt un nouvel amoureux… Mais demeure la relation fusionnelle entre la mère et la fille. Fusionnelle à l’excès? On a tendance à le penser. Albanie aussi : «Ça s’est passé ainsi. Nous sommes seules toutes les deux et mon amour pour elle est fort, trop fort.»

Albanie aime tellement sa petite qu’elle craint constamment le pire. «Au fond de mon amour, il y a toujours ce précipice : une terre cachée où l’on m’enlève Maria. Et plus au fond encore, il y a tous les enfants, et le plus inimaginable, la souffrance des enfants.»

La souffrance des enfants : c’est une préoccupation constante pour la narratrice. Et sans doute pour l’autrice. Cela se vérifie encore aujourd’hui dans le plus récent roman d’Élise Turcotte, L’apparition du chevreuil. Une dénonciation en règle du harcèlement sur les médias sociaux et de la misogynie, mais aussi… du sort réservé aux enfants maltraités.
 

Danielle Laurin

Marraine du club