Billet de Danielle Laurin - mars 2021

Kukum, Michel Jean, Libre Expression, 2019

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Une dame presque centenaire nous raconte son histoire : comment, à l’âge de 15 ans, elle a quitté la ferme de son oncle et de sa tante qui l’avaient adoptée parce qu’orpheline, pour suivre un jeune Innu de Pekuakami dont elle était follement amoureuse.

Almanda Siméon, c’est son nom. Et c’est son arrière-petit-fils, l’écrivain Michel Jean, qui lui redonne vie dans Kukum, salué par le prix France-Québec 2020.

Après Elle et nous, inspiré de l’histoire de sa grand-mère, et Le vent en parle encore, portant sur les pensionnats autochtones, ce journaliste et chef d’antenne à TVA poursuit dans son 7e roman criant de vérité la quête de ses racines, de son identité. Par là même, c’est l’histoire du peuple innu dont il est issu qu’il explore, fouille avec parcimonie et sensibilité.

Le fait que Kukum nous est raconté au je accentue l’emprise que ce roman exerce sur nous. Almanda nous fait entrer dans son intimité. Depuis le moment où, jeune fille, cette blonde aux yeux bleus quitte le monde des Blancs pour celui de son futur mari, avec qui elle aura plusieurs enfants qui grandiront dans les bois.

Avec elle, nous basculons dans un autre mode de vie. Nous nous initions à la vie en forêt, au nomadisme, à la chasse… Fascinant apprentissage, malgré la fatigue, la rudesse des hivers, la nature qui se déchaîne. Liberté est ici le mot-clé. Tout le contraire de la vie sédentaire, routinière, qu’a connue Almanda sur la ferme depuis sa naissance.

Mais cette liberté de mouvement, cette vie en forêt vécue en harmonie avec les éléments vont connaître, au nom du progrès, une fin.

Sédentarisation forcée des autochtones, dépossession de leur territoire ancestral, privation de leur mode de vie traditionnel, arrachement de leurs enfants envoyés en pensionnat au nom de l’éducation…  et puis, conséquences désastreuses de tout cela sur les communautés : c’est de l’intérieur, ici, qu’on vit ces tragédies. L’histoire d’Almanda, qui s’étend sur près d’un siècle, prend aux tripes.


Danielle Laurin
Marraine du club